Histoire du monument

Montal est, avec le château d'Assier, le plus exceptionnel témoignage de la pénétration des modèles architecturaux de la première Renaissance française en Quercy. Construit par une femme, alors qu'Assier est l'oeuvre d'un homme attaché au fait militaire, il reflète un art de vivre et une harmonie jusque dans les plus infimes détails de ses décors.

Douloureuse évocation de l'immense chagrin d'une mère, il est aussi l'expression d'une profonde culture humaniste dans la lignée des grandes figures intellectuelles du XVIe siècle.

Le site actuel de Montal correspond probablement à celui mentionné au cours du Moyen, Âge sous le nom de repaire Saint-Pierre. Ce nom de Montal, celui d'une terre cantalienne appartenant aux seigneurs de Laroquebrou, apparaît seulement dans le deuxième quart du XVIe siècle, avec la présence de Jeanne de Balsac, épouse d'Amaury de Montal seigneur de Laroquebrou. Jeanne était fille de l'ambitieux Robert de Balsac, sénéchal d'Agenais, expert en art de la guerre, et d'Antoinette de Castelnau de Bretenoux. Elle avait donc des liens avec ce territoire quercynois, où la présence de la noblesse du Cantal était attestée déjà de longue date.

On ignore la date exacte et les conditions d'acquisition de cette petite seigneurie de Saint-Pierre par la famille de Montal. En 1503, Gilles de Miers est encore mentionné dans un acte seigneur de Saint-Pierre, mais c'est bien Jeanne de Balsac qui signe le contrat de construction d'une nouvelle demeure en 1519.
L'année même où commence le grand œuvre de Chambord, la commande de Jeanne est lancée et les travaux entamés dès 1520. L'édifice ne sera jamais achevé: deux ailes seulement sur les quatre prévues sont terminées en 1534. Contrairement à la tradition qui fait de la mort de Robert de Montal, le fils aîné de Jeanne, la cause de cette interruption, la raison de cet inachèvement n'est pas connue. Certes, la disparition de ce fils tant aimé en 1523, lors d'une campagne milanaise de l'armée française, est profondément inscrite dans le décor de Montal, mais elle a bien au contraire exalté la volonté maternelle de lutter contre l'adversité en poursuivant l'œuvre entreprise et en assurant le maintien de la lignée des Montal par le mariage de son second fils, Dordet, avec sa cousine Catherine de Castelnau.

Le nouveau château a succédé à un édifice antérieur, dont le seul vestige aujourd'hui visible est une fenêtre placée à l'angle de la façade nord-ouest et de la tour ouest. Les sobres façades septentrionales s'inscrivent encore dans une tradition médiévale, qu'accentue la présence des trois tours d'angle coiffées en poivrière, et munies de canonnières en partie basse.

Cependant, nombre d'éléments indiquent l'évolution stylistique des années 1515-1520; rythme régulier des grandes fenêtres à meneaux, accostées de pilastres, corniches des tours formées de corbeaux décoratifs reprenant d'ailleurs les motifs visibles sur une tour du château d'Assier. L'ensemble que découvre le visiteur est donc marqué par l'austérité et le fort symbolisme du château seigneurial aux hautes toitures.

 
Le contraste est d'autant plus saisissant avec la cour intérieure, dont l'ordonnancement est caractéristique de la première Renaissance, avec un quadrillage en damier. Moulures, large frise horizontale et corniche à coquilles séparent les niveaux, rythmés par des pilastres auxquels répond la verticalité des hautes lucarnes,elles aussi sculptées. Les deux corps de logis placés en équerre sont desservis par un escalier d'honneur placé dans un pavillon rectangulaire terminé par une salle haute. Définitivement éloigné du modèle de l'escalier en vis hors œuvre, l'escalier droit de Montal, d'une grande modernité, est célèbre pour le décor de ses revers de marches entièrement sculptés L'ornementation suit la progression du visiteur vers le premier étage : aux motifs géométriques et héraldiques, succède un répertoire décoratif avec putti, trophées d'armes, oiseaux et dauphins affrontés, profils à l'antique et allégories de la Force. Jeanne de Balsac s'y affirme, par la présence de son portrait sculpté en médaillon et ses initiales répétées, comme la maîtresse des lieux.

Le programme sculpté extérieur fait également de Montal un château unique. Le répertoire décoratif de la frise placée entre le rez-de-chaussée et le premier étage mêle figures mythologiques et allégoriques (Hermès chevauchant une licorne, Hercule et Antée, Mars et la Victoire), angelots, personnages et animaux fabuleux, blasons et initiales de Jeanne et de ses fils Robert et Dordet, rinceaux habités. A l'étage noble, le décor prend une toute autre dimension, avec la série de bustes en haut-relief placés sur les parois aveugles entre les fenêtres à meneaux, accompagnée de statues des Vertus cardinales (la Force et probablement la Prudence).

Chaque buste est surmonté d'un fronton triangulaire accosté de personnages, d'animaux fantastiques ou de volutes. Les sept portraits sont ceux de Jeanne et de ses proches, parents, époux et fils aînés disparus à l'époque de l'exécution. Seuls Dordet, le fils cadet, et le neveu de Jeanne, abbé de Vézelay, sont encore vivants. Les morts sont donc ici honorés avec les vivants intégrés dans ce monument funéraire. Ce procédé ne peut être isolé de l'ensemble de la conception décorative, où le culte de la mort et du souvenir est porté à un haut niveau littéraire et humaniste, intégrant l'idée de la quête de la Vertu comme exigence spirituelle. Le décor des lucarnes est en revanche dédié à l'humaine colère d'une mère désespérée par la mort de son fils : folie furieuse agitant ses grelots, allégories du désespoir accompagnées de la fameuse devise « Plus d'espoir ».

 

Passé à la fin du XVIe siècle à la famille de Pérusse d'Escars, Montal, peu habité par les descendants de Jeanne de Balsac, est finalement vendu en 1771 aux Plas de Tanes. Ceux-ci y mènent grand train pendant quelques années: de leur présence, subsistent deux cheminées au décor Rocaille dans la tour sud-est.

Abandonné à la Révolution, transformé en ferme, Montal est la proie de spéculateurs à la fin du XIXe siècle: dépouillé de ses sculptures, privé de ses lucarnes, de ses portes ornées et de ses cheminées, il offre un terrible spectacle de désolation. Sa renaissance est l'oeuvre de Maurice Fenaille, industriel aussi fortuné qu'érudit, l'un des plus importants mécènes des musées français entre 1880 et 1930.

Maurice Fenaille acquiert le château en 1908, consacre cinq années à son exemplaire restauration, rassemblant avec une énergie peu commune les sculptures vendues dans le monde entier, faisant exécuter des copies de pièces non restituées par des artistes œuvrant pour son ami Auguste Rodin.

Le 13 septembre 1913, le président de la République Raymond Poincaré reçoit solennellement à Montal la donation du monument et de ses collections d'oeuvres d'art consentie quelques mois plus tôt par Maurice Fenaille à l'Etat français.